Prononcer le nom de Sade suffit à évoquer un univers de sensualité pure. Ses histoires, uniques et poignantes, captivent instantanément. Mais c’est avant tout son timbre si particulier — apaisant, séducteur et envoûtant — qui a gravé ses morceaux dans la légende. S’attaquer à son chef-d’œuvre de 1992, « No Ordinary Love », s’annonçait comme un pari hautement risqué. C’est pourtant le défi magistral qu’a choisi de relever Kevon Edmonds.
Né le 25 d’octobre 1958 à Indianapolis, ce grand frère du célèbre producteur Kenneth « Babyface » Edmonds n’est pas un novice. Membre fondateur du groupe mythique After 7, il a marqué les années 90 avec des sommets de douceur comme « Ready or Not ». En 1999, son premier effort en solo avait accouché du succès planétaire « 24/7 », prouvant la puissance texturée de sa voix de ténor.
Aujourd’hui, après plus de deux décennies de relative discrétion en solo, Edmonds opère un retour désarmant. Sous la houlette du producteur Damon Thomas, cette relecture de « No Ordinary Love » refuse la surenchère moderne. L’approche est organique, misant sur de vrais instruments et une vulnérabilité à fleur de peau.
Le piège de la copie conforme est habilement évité. Là où l’originale de Sade drapait l’auditeur dans une mélancolie mystique, Edmonds insuffle une chaleur humaine et charnelle. Sa voix de ténor, intacte, glisse sur les arrangements avec une assurance tranquille. Ce single s’impose déjà comme une vibrante leçon de R&B pour adultes, prouvant que la grande musique n’a décidément pas d’âge.

