Honddu ne se contente pas de composer de la musique ; le duo gallois sculpte la poussière du temps. Formé par Holly Müller et David Neale après une rencontre déterminante en cours de littérature féministe, ce projet insuffle une densité narrative rare à l’électronique contemporaine. Leur dernier single, Go Gentle, s’impose comme une immersion cinématographique dans un clair-obscur sonore où les synthétiseurs distordus et les textures usées par un vieux magnétophone des années 90 — sauvé d’une benne à ordures — créent une sensation de chute libre émotionnelle.
Ce morceau s’érige en réponse audacieuse au célèbre poème de Dylan Thomas. Là où l’auteur exhortait à « s’enrager contre la mort », Honddu explore l’épuisement et le désarroi d’une jeunesse en perte de repères face au chaos. La voix de Holly, vive et sans artifice, flotte sur un pouls rythmique qui rappelle l’electroclash des années 2000, tout en empruntant la profondeur spectrale du trip-hop de Bristol. On y perçoit les échos de Portishead ou de Broadcast, mais avec une urgence propre à leur identité galloise.
Entre fragilité analogue et force incandescente, le titre s’étire dans une montée en puissance lente, capturant parfaitement le vertige des fins de nuit. Les mélodies à moitié oubliées vacillent, filtrées par la bande magnétique, pour offrir un son à la fois lumineux et hanté. La production de David Neale réussit ce tour de force de rendre l’électronique humaine, presque tactile, en laissant respirer les imperfections de la cassette originale.
Avec Go Gentle, Honddu ne propose pas seulement une chanson, mais un abri sonore pour ceux qui acceptent, enfin, de lâcher prise. Une pépite de dark-pop habitée et résolument essentielle.

