Il suffit parfois d’une étincelle pour éveiller les fantômes du passé. Pour Daniel Clifford, tout a commencé dans un chalet gallois, face aux ruines d’un château médiéval. De ces marches quotidiennes entre forts séculaires, cathédrales et cimetières est né The Haunted Life of Architecture, le nouvel album d’Amateur Ornithologist. Une traversée pop et psychédélique dans les méandres d’un esprit hyperactif.
Dépassant les arrangements somptueux de Hide (2024), ce disque s’impose comme un collage ambitieux de post-punk gothique, d’indie folk et de pop de chambre. De retour sur la côte de Sunderland, Clifford a réuni ses multi-instrumentistes pour donner vie à cette structure squelettique. Le résultat bouscule leurs habitudes : enregistré en live aux studios Harbourmaster, l’album vibre d’un cœur organique, loin des rythmes modulaires et distants de leurs débuts.
Les références s’y entrechoquent de manière fascinante. Entre la botaniste Mary Delany, l’émission culte Ghostwatch et la neurodivergence, les époques se percutent. L’ouverture Swing Around pose le décor, telle une miniature d’opéra gothique portée par des cuivres dissonants. Plus loin, l’hymne pop I See Faces virevolta entre rythmes Northern Soul et saccades punk, tandis que le cœur de l’album, If I Were To Know, vacille magnifiquement sur une rythmique en 7/4. En clôture, la tempête The Mirror Crack’d explore la solitude de la neuroatypie dans un fracas de saxophones et de violons saturés.
Co-produit avec soin, enrichi par des musiciens locaux (flûte, trompette, trombone), ce disque hante durablement. Une œuvre viscérale, complexe et lumineuse qui consolide Amateur Ornithologist parmi les artisans les plus fascinants de la scène art-rock actuelle.

