Certains morceaux s’écoutent les yeux fermés, la tête renversée vers le ciel. C’est la marque de fabrique de Gejo. Installé dans le désert de l’Utah, l’auteur-compositeur-interprète s’est fait connaître pour son dark-folk éthéré, une invitation à la contemplation immobile. Pourtant, son tout dernier single, Callous, rompt brutalement avec cette tranquillité.
Alors que son album très attendu, Quilted (sortie prévue le 5 juin), s’annonce comme un voyage nostalgique, ce titre fait l’effet d’un réveil en plein crash. C’est l’instant désorientant où le cœur s’emballe, face aux débris d’une situation qu’on tente d’expliquer. Portée par un rythme entraînant, la chanson troque son atmosphère habituelle contre une pulsation viscérale. Elle force le mouvement là où l’esprit hésite.
Produit par Nate Pyfer et masterisé de main de maître par Reuben Cohen chez Lurssen Mastering, Callous est sculpté pour les longs trajets nocturnes. C’est la bande-son idéale pour les routes interminables, celles où les kilomètres défilent pendant que l’on rumine des pensées lourdes. Avec une sincérité désarmante, le morceau affronte la souffrance brute, celle qui n’offre aucune réponse facile ni conclusion joyeuse.
Musicalement, le contraste est saisissant. Malgré des paroles tristes et colériques, l’énergie insufflée par les magnifiques lignes de guitare de Gejo et Ryan Tilby (steel guitare), la réalisation saturée offre un élan de vie inattendu. Gejo signe ici un morceau organique et puissant. Il prouve que même au cœur du chaos, la musique reste le meilleur refuge pour avancer. Une pépite folk moderne à découvrir de toute urgence.

