Vingt ans après sa déferlante, « I Feel It » de Lorraine résonne encore comme un parfait instantané d’une époque en mutation. Sorti au milieu des années 2000, ce titre phare du trio norvégien originaire de Bergen capture à merveille l’essence d’une décennie hybride. La composition navigue habilement entre la nostalgie des synthétiseurs vintage et l’énergie brute de la scène indie rock européenne.
Dès l’introduction, le morceau frappe par sa basse synthétique, lourde et hypnotique. Ole Gunnar Gundersen y pose une voix très habitée, presque spectrale, qui rappelle immédiatement les heures sombres de Depeche Mode ou l’urgence mélancolique de New Order. Mais réduire Lorraine à un simple pastiche des années quatre-vingt serait une véritable erreur de jugement.
Grâce à la production millimétrée de Paal Myran Haaland et aux guitares incisives d’Anders Winsents, le groupe insuffle une modernité incandescente à sa création. C’est une pop nocturne, à la fois glaciale et brûlante, taillée pour les fins de nuit solitaires. L’ambiance cinématographique se déploie avec une fluidité remarquable, captivant l’auditeur dès les premières notes.
Si la version originale brille par son atmosphère, ce sont les remixes, notamment la relecture salvatrice du collectif Cicada, qui propulseront le titre sur les dancefloors de toute l’Europe. En fusionnant l’élégance pop-rock et l’efficacité de la house music, « I Feel It » est devenu un hymne de club mémorable. Vingt ans plus tard, la pulsation est restée intacte. On la ressent encore.

