Le sample comme thérapie, la texture comme mémoire. C’est la trajectoire fulgurante qui traverse work & progress, la nouvelle beat tape abstraite du producteur américain Nathan Brown. Figurant parmi les activistes les plus respectés des nuits de Chicago, ce digger insatiable livre ici son œuvre la plus viscérale, forgée dans l’ombre d’une terrible incertitude médicale. Face à la perspective terrifiante de perdre définitivement son audition, l’artiste originaire de Washington a transformé sa peur en une urgence créative absolue.
Le résultat est un disque-univers d’une densité rare. Durant plus d’un an, Brown a fouillé les recoins les plus obscurs des bacs à vinyles, exhumant des cassettes VHS oubliées et des archives numériques pour façonner une mosaïque sonore hautement personnelle. Cette quête obsessionnelle de la matière brute s’entend dès les premières secondes. L’album respire le grain de la bande magnétique et la poussière des microsillons, s’inscrivant directement dans la lignée directe des architectures accidentées de J Dilla ou de Madlib.
Pourtant, work & progress dépasse le simple hommage nostalgique. En convoquant les fantômes rythmiques d’MF DOOM ou les textures introspectives d’Earl Sweatshirt et de Flying Lotus, Nathan Brown construit un hip-hop instrumental fracturé et profondément organique. Chaque boucle semble lutter contre le silence, chaque rupture de rythme raconte le soulagement d’un homme aujourd’hui totalement rétabli. Les pépites ne manquent pas dans ce projet, on peut citer « prophecy of dying stars » qui nous a tout de suite sauté aux oreilles, « try 2 » qui brille par son côté lo-fi et ses lignes de chant de qualité bref, ce projet est une petite merveille de 28 titres.
Après avoir enflammé plus de cent scènes ces trois dernières années, ce retour en studio scelle le triomphe d’un passionné. Plus qu’une simple mixtape de beats, ce projet s’impose comme le témoignage vibrant d’une oreille sauvée, et d’un talent définitivement retrouvé.

