C’est un premier album qui ressemble à une anomalie céleste. Avec Particles, le multi-instrumentiste montréalais Matthew Spreen livre une œuvre d’une sincérité désarmante, façonnée à la maison de A à Z. Derrière son esthétique lo-fi chaleureuse, capturée sur un vieux magnétophone Tascam et une guitare acoustique fatiguée, se cache pourtant une odyssée créative d’une ambition folle.
Particles joue constamment sur les contrastes. Visuellement, Spreen compare son disque à une immense masse de pollution qui, observée depuis l’espace, révélerait une beauté hypnotique. Musicalement, cette dualité éclate à chaque piste. Malgré des thèmes sombres, presque destructeurs, l’album reste profondément ludique. L’artiste s’amuse à décorer ses compositions de clins d’œil au cinéma de science-fiction rétro, d’ambiances oniriques et de touches électroniques modernes. Plus audacieux encore, il habille la satire politique de textures baroque-pop presque cartoonesques.
Au cœur de ce labyrinthe sonore, l’écriture de Matthew Spreen brille par sa maturité. Ses textes personnifient avec brio l’incertitude, l’ironie, le dédain face à l’hypocrisie et l’oppression, sans jamais étouffer l’espoir ou le besoin viscéral de connexion humaine. Le single « Cheer Up! » incarne parfaitement cette philosophie : un regard lucide sur nos vérités les plus lourdes, partagé non pas comme une complainte, mais comme un haussement d’épaules affectueux. Portée par de belles lignes mélodiques, cette ballade installe une atmosphère sophistiquée, cinématographie. « Black Mirror » est également un des titres à signaler par sa construction, sa capacité à vous embarquer, ses lignes de chant délicates.
Débordant de personnalité et d’un soin artisanal jaloux, Particles refuse de lisser ses imperfections. C’est précisément ce désordre organique qui en fait le charme. Plus qu’un simple recueil de chansons, cet album s’impose comme le manifeste d’un auteur-compositeur authentique, prêt à bousculer la scène folk-pop alternative. Une entrée en matière fascinante.

