Certains premiers singles ne demandent pas la permission pour entrer. C’est précisément le cas de « Cry Baby », le tout premier morceau de Nitzani, autrice-compositrice-interprète et guitariste basée à Los Angeles. Et autant le dire tout de suite : la claque est aussi sonore que générationnelle.
Avec ce titre, Nitzani dynamite le rock alternatif des années 90 et 2000 pour le projeter de plein fouet dans l’année 2026. Oubliez la nostalgie polie ; la Californienne préfère hybrider des guitares saturées et des batteries explosives avec des textures de synthétiseurs chaotiques et résolument futuristes. Au centre de ce maelström sonore, sa performance vocale, d’une féminité brute et sans excuses, rappelle instantanément l’intensité viscérale d’une Alanis Morissette à son sommet.
Mais la véritable force de « Cry Baby » réside dans son urgence narrative. Écrit du point de vue d’une femme adulte coincée dans le costume de la « fille responsable » depuis toujours, le morceau capture l’épuisement mental de celles qui portent tout le monde à bout de bras. Derrière l’armure de la maturité se cache un désir farouche et secret de fuir l’âge adulte pour, enfin, s’effondrer.
En canalisant cette détresse universelle dans un rock mélodique mais délicieusement sale, Nitzani signe bien plus qu’un simple début réussi. Elle offre un exutoire salvateur à une époque saturée de self-control. Une entrée fracassante sur la scène alternative, qui prouve que la vulnérabilité n’a jamais été aussi puissante que lorsqu’elle hurle à travers des amplis distordus.

