Sous le nom de PAULA T, Paula Tartell s’impose comme l’une des voix les plus incendiaires de la scène indépendante new-yorkaise. Installée à Brooklyn, cette auteure-compositrice, productrice, multi-instrumentiste et organisatrice politique façonne un univers qu’elle qualifie elle-même de bubblegrunge electropunk : un territoire sonore où la rugosité punk enlace les textures électroniques et où la confession intime devient manifeste.
Musicienne depuis l’enfance, formée au conservatoire comme pianiste avant de devenir “synthbug”, PAULA T a grandi avec The Beatles en boussole affective. D’eux, elle retient une leçon essentielle : aimer la musique au-delà des genres. Pop, rock, folk, R&B, noise, expérimental ou classique, tout devient matière première. “If it makes a sound, I might like it”, affirme-t-elle, comme un credo esthétique. Cette ouverture irrigue chacune de ses compositions, où les mélodies accrocheuses se frottent à des arrangements audacieux.
Son premier single, Canary, instrumental bubblegrunge electropunk, a immédiatement attiré l’attention des blogs musicaux, qui ont salué une déclaration artistique forte et singulière. On y découvrait une conteuse sonore, capable de faire jaillir l’émotion sans paroles, par la seule tension des nappes synthétiques et des dynamiques abrasives. Depuis, PAULA T a monté un groupe punk et enchaîne les concerts à guichets fermés à travers New York, son synthé OP-1 toujours à portée de main, comme une extension nerveuse de son corps.
Mais c’est avec Sugar Tits que le projet prend une dimension plus frontale encore. Écrit et arrangé en une seule nuit, dans l’intimité de sa chambre éclairée d’une lumière tamisée, le morceau est né d’une rupture. Un ex-compagnon l’appelait “Sugar Tits” pour la provoquer, sans jamais accueillir réellement sa colère, son feu, ses besoins. Après la séparation, PAULA T transforme l’insulte en étendard. “You want Sugar Tits!? I’ll give you Sugar Tits.” Le titre devient alors un exutoire, l’incarnation d’un personnage fantasmé : tout ce qu’on a projeté sur elle, elle le renvoie, amplifié.
Le morceau explore ce désir d’être désirée, adorée, quitte à ne pas être vue dans sa pleine humanité. Il met en scène la tension entre répression et libération, entre complaisance et affirmation de soi. Superchargé, défiant les genres, traversé d’earworms mélodiques et de contrastes émotionnels abrupts, Sugar Tits capture avec une immédiateté saisissante l’instant où l’on cesse de se taire.
Il y a aussi, dans cette création fulgurante, une impulsion féministe presque maniaque : prouver qu’elle est non seulement interprète, mais aussi productrice et beatmaker redoutable. Dans un monde qu’elle décrit comme de plus en plus fascisant, répressif et robotique, PAULA T célèbre la joie et la nécessité d’une expression de soi indocile.
Avec Sugar Tits, PAULA T ne cherche plus à plaire. Elle cherche à brûler — et à nous rappeler que sous les étiquettes, les surnoms et les projections, il y a une voix. La sienne. Et elle frappe fort.

