Derrière l’alias Piftemaen — « le lanceur d’alerte » en dialecte norvégien — se cache un artisan sonore qui refuse de lisser son art. Autrefois connu sous le nom de Jake’s Jacket, notamment lors du clip initial, l’artiste troque aujourd’hui ses collaborations ambient feutrées avec Caroline Lavelle pour un rock viscéral, rageur et profondément organique. Ce changement de cap surprend tant leur reprise de The House of the Rising Sun avait trôné des mois au sommet.
Avec l’explosif « 2060 or so – short version », condensé percutant d’une fresque initiale de neuf minutes devenue trop dense pour notre époque pressée, le musicien réveille le vieux rebelle qui sommeillait en lui. Issu du R&B et du rock, il avoue volontiers qu’on s’adoucit avec l’âge. Pourtant, face au péril climatique qui menace notre avenir collectif, l’urgence a balayé ses propres compromis créatifs.
Pas question pour lui de sacrifier son message sur l’autel d’une pop consensuelle et d’une acceptation généralisée : l’avenir qu’il observe n’est définitivement pas assez radieux pour que l’on porte des lunettes de soleil. Musicalement, la tension est palpable. Le morceau gronde, pulse et frappe là où ça fait mal, portant une poésie urgente où Piftemaen utilise son instrument comme on sonne le tocsin. Son fidèle compagnon, le saxophone l’accompagne dans ce récit musical et en image. Les lignes mélodiques sont délicates, raffinées, contrastant avec la profondeur du message pour un résultat encore plus impactant, comme une fin des temps annoncée.
Mais sous la noirceur de cette dystopie électrique, la démarche n’est pas nihiliste. En provoquant le malaise, le Norvégien cherche avant tout à stimuler le débat, espérant que ces discussions cruciales nous dévieront finalement du gouffre. Une chronique du chaos, indispensable et salutaire, qui prouve que le rock alternatif n’a absolument rien perdu de son précieux pouvoir de contestation.

