Avec « L.E.O », quatrième extrait de son premier album attendu, la Londonienne Jana Tyrrell signe un retour d’une densité rare. Celle qui a fait ses armes dès l’adolescence dans l’ombre de la télévision et du cinéma indépendant livre ici une œuvre organique, à la lisière de l’angoisse moderne.
Co-écrit et mixé par Rick David — architecte sonore réputé pour son superbe travail avec Nala Sinephro ou Yussef Dayes —, le morceau déploie une électro texturée et mouvante. Jana Tyrrell y insuffle intelligemment ses influences majeures : les cassures d’Autechre, l’audace de SOPHIE et la splendeur vocale d’Imogen Heap. Le titre se structure comme un véritable champ de bataille intime où s’affrontent harmonies chorales superposées, samples autoréférentiels et puissantes rythmiques garage roulantes.
Ironie du sort, alors qu’on l’a parfois accusée d’être une simple artiste générée par IA, Tyrrell répond par une proposition viscéralement humaine. « L.E.O » explore cette anxiété digitale universelle, ce vertige contemporain où nos sens finissent par nous tromper. « Encore incertaine de ce que je vois / combien de fois as-tu hurlé dans le vide cette semaine ? », interroge-t-elle, traduisant une frustration réelle face au temps qui s’échappe.
Multi-instrumentiste chevronnée, ayant de plus collaboré avec le duo Donor Lens, la productrice a patiemment affinement son identité. Loin des froids algorithmes, sa chanson « L.E.O » s’achève sur un éclat sonore tranchant, rappelant avec force que derrière les synthétiseurs industriels bat le cœur d’une artiste incontournable de la scène underground britannique.

