8.2/10
Avec Of Earth & Wires, Dua Saleh signe un retour fascinant et profondément ancré dans les dualités de notre époque. L’artiste soudano-américain·e y explore la tension organique entre les traumatismes de notre monde blessé (la Terre) et l’omniprésence technologique (les Câbles). C’est un projet court, dense et intimiste qui navigue admirablement entre indie-pop, folk expérimental et R&B futuriste.
Dès l’ouverture, « 5 Days » pose les bases de cette confrontation. Le morceau s’ouvre sur des cordes acoustiques épurées et une voix de fausset d’une grande vulnérabilité, avant d’être soudainement submergé par des percussions numériques agressives et des cris saturés au vocodeur. C’est un choc thermique immédiat qui montre toute l’audace de l’artiste.
L’album brille également par ses collaborations, à commencer par la présence précieuse de Bon Iver. Sur « Flood », l’échange vocal en falsetto entre Dua Saleh et Justin Vernon crée une atmosphère suspendue, presque biblique, évoquant les crises climatiques à travers une pop vaporeuse et mélancolique. Plus loin, « I Do, I Do » se distingue comme un slow jam électro-pop hypnotique, subtilement rehaussé par les vibrations texturées d’un oud traditionnel, rappelant les racines soudanaises de Saleh.
Si des titres comme « Firestorm » — une chanson d’amour brûlante sur fond de R&B soyeux — enveloppent l’auditeur dans une douceur réconfortante, le final « ALL IS LOVE » (en duo avec la poétesse aja monet) agit comme une véritable catharsis. C’est une déclaration d’espoir chorale et expérimentale, une lueur de renaissance face à l’effondrement.
Certes, la brièveté des pistes laisse parfois un goût d’inachevé, et l’on aurait aimé voir Dua Saleh pousser certains de ses concepts urgents dans des retranchements encore plus radicaux. Il n’en demeure pas moins que cet opus capte l’essence de 2026 avec une justesse poétique rare.

