Blanco Nemesis de Booba : L’illusion du Duc et le naufrage du flow

4.5/10

Attendu comme le reflet inversé d’un classique incontournable, Blanco Nemesis s’impose finalement comme une amère désillusion. Derrière la communication soignée et les concepts technologiques, ce douzième album solo de Booba laisse l’arrière-goût persistant d’une paresse artistique. Disons-le d’emblée : l’unique et véritable force de ce projet réside dans la qualité exceptionnelle de ses productions. Les instrumentations sont magnifiques, riches et d’une précision chirurgicale. Malheureusement, ce somptueux écrin sonore ne sert qu’à masquer le vide d’une performance technique en roue libre.

Dès les premières pistes, le constat est cruel. Le flow déployé par le Duc s’avère d’une platitude déconcertante, frôlant un amateurisme presque indigne de son statut et de sa carrière. Les punchlines, autrefois acérées, subtiles et imprévisibles, sont ici évidentes et téléphonées à outrance. Plus flagrant encore, les cibles de ses flèches sont identifiées dès les premières secondes de l’écoute, une stratégie grossière visant principalement à alimenter les réseaux sociaux et faire parler les médias. On sent rapidement la douille commerciale d’un artiste qui mise désormais sur le clash prévisible et le buzz marketing plutôt que sur le renouvellement de sa plume.

Au milieu de ce désert technique, une exception surprenante parvient pourtant à tirer son épingle du jeu : le morceau « Seychelles ». Paradoxalement, c’est sur cette chanson plutôt chantée que rappée que la magie opère. Porté par une instrumentation somptueuse, le titre brille grâce à des lignes de chant inspirées et un autotune enfin dosé avec parcimonie, loin des excès criards et robotiques qui parasitent le reste des morceaux du projet. C’est le grand paradoxe de ce disque : devoir préférer un Booba mélodieux à un Booba kickeur pour sauver les meubles.

Blanco Nemesis rate sa cible principale. Si l’esthétique musicale globale séduit l’oreille grâce au talent des beatmakers, le fond s’effondre sous le poids d’une exécution paresseuse et d’un opportunisme mercatique évident. Pour les véritables amateurs de rap brut, de textes denses et de performances authentiques au micro, passez votre chemin : vous n’êtes tout simplement pas la cible de ce produit calibré.

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