Il est des morceaux qui transcendent le simple format pop pour devenir de véritables fresques littéraires. Avec « The Hag », le projet suédois Arn-Identified Flying Objects and Alien Friends livre une œuvre incandescente, véritable pont tendu entre le rock moderne et le romantisme sombre du dix-neuvième siècle.
Au cœur de cette pièce magistrale se cache une réinterprétation audacieuse. Le noyau central du titre puise sa force dans un poème écrit en 1834 par l’illustre écrivain et compositeur suédois Carl Jonas Love Almqvist. Plutôt qu’une traduction littérale, l’interprétation habitée du texte reste fidèle à l’essence du récit original : la tragédie d’une femme brûlée vive sur le bûcher, victime de la folie et des accusations de sorcellerie.
Sur le plan musical, la tension dramatique est palpable dès les premières notes. La rythmique organique repose sur la performance d’Andreas Quincy Dahlbäck, dont la batterie explosive insuffle une urgence viscérale au morceau. Par-dessus cette fondation rythmique implacable, les solos de guitare de Daniel Lagerlöf s’élèvent avec une grâce déchirante. Leurs envolées vibrantes répondent aux silences pesants du texte, créant une atmosphère de néofolk psychédélique à la fois dense et étouffante.
En revisitant ce drame historique, le projet musical ne fait pas que regarder vers le passé. Il livre une critique intemporelle de l’exclusion. « The Hag » s’impose ainsi comme une claque sonore et mémorielle, confirmant le génie singulier d’un grand collectif qui refuse obstinément les sentiers battus.

