Certains morceaux ne s’écoutent pas seulement ; ils se ressentent comme une texture, une brume épaisse qui vient caresser la peau. « Hiding in a Fog », point d’orgue du nouvel EP de Coral Head, appartient à cette catégorie rare. Pour ce titre phare, la productrice d’Oslo, Embla Fimland, a convié la harpiste et chanteuse SIKADE à bâtir un sanctuaire sonore où le temps semble s’être figé.
Dès les premières mesures, l’héritage est manifeste : on y retrouve la mélancolie vaporeuse d’Air et cette rythmique feutrée, presque indolente, qui rappelle les plus belles heures du trip-hop des années 90. Pourtant, Coral Head évite le piège du simple pastiche rétro. Sa collaboration avec SIKADE apporte une fraîcheur organique, portée par des cordes de harpe cristallines et un violoncelle qui vient ancrer la mélodie dans une réalité presque physique.
Vocalement, le titre est une prouesse de retenue. Les voix, aériennes et délicates, murmurent un récit de confusion et d’hésitation. C’est la bande-son parfaite d’une errance mentale, d’une rumination douce où l’on se perd volontairement. Les amateurs de la pop minimale d’Erika de Casier ou de l’intimité brute de Phoebe Bridgers y trouveront un écho familier, une sorte de mélancolie réconfortante.
Produit avec une précision chirurgicale par Marius Elfstedt, le morceau parvient à marier l’électronique et l’acoustique sans jamais briser l’immersion. « Hiding in a Fog » n’est pas seulement la conclusion d’un disque ; c’est une invitation à ralentir, à accepter le flou et à se laisser porter par cette dérive orchestrale d’une beauté rare.
Coral Head confirme ici qu’elle est bien plus qu’une promesse de la scène indie nordique : elle est une architecte de l’impalpable.

