Avec An Exception, I Forget Myself ne se contente pas de publier un nouvel EP : il propose un point de bascule, un moment de respiration où le rock alternatif retrouve une élégance nerveuse, portée par une écriture patiente et des textures qui se déplacent comme des nuages chargés d’électricité. Derrière ce projet, un artisan de la musique, auteur-compositeur, producteur et multi-instrumentiste, dont le parcours entre l’Afrique du Sud, l’Europe et l’Asie infuse chaque recoin du disque.
Dès “The Climb”, la progression est autant musicale qu’émotionnelle : la voix, souple et légèrement voilée, guide l’auditeur dans un mouvement ascendant, presque obstiné. “Bygones” regarde en arrière sans nostalgie facile, préférant la lucidité à la mélancolie. Puis vient “Magna Catharsis”, pièce charnière, où la tension se libère dans une dynamique plus frontale, avant que “I Dream Out An Exception” n’ouvre une brèche, celle du choix, de la déviation assumée, de l’instant où l’on s’autorise à changer de route.
“Contexts” ferme la marche avec une réflexion feutrée sur l’identité et la perspective, comme un dernier regard dans le rétroviseur avant d’accélérer vers l’inconnu. La batterie de Kyle Reece Williams insuffle une pulsation organique, jamais démonstrative, pendant que les couches instrumentales construisent un relief sonore précis, sans surcharge. Le mixage et le mastering, confiés à Clint Watts, donnent à l’ensemble une ampleur maîtrisée, laissant respirer chaque détail.
Chronique d’un mouvement intérieur autant que manifeste artistique discret, An Exception s’impose comme une étape de maturité, où l’expérience nourrit l’audace. I Forget Myself y affirme une voix singulière, capable de conjuguer profondeur, énergie et finesse, dans un rock alternatif qui avance, sans bruit, mais avec une vraie conviction.

