9/10
Trois ans après l’immense claque de When the Poems Do What They Do, la poétesse et activiste américaine aja monet revient avec son second album studio, the color of rain, paru chez Drink Sum Wtr. Si son premier opus avait posé les bases d’une surrealist blues poetry incandescente, ce nouveau projet de 15 titres enfonce le clou avec une maturité bouleversante et une orchestration jazz, soul et hip-hop d’une fluidité rare. Et disons-le d’emblée : nous avons absolument adoré cet album.
Dès le morceau d’ouverture, « say it with your chest », monet nous intime l’ordre d’habiter pleinement nos passions et nos colères face à la brutalité du monde moderne. Sa voix, à la fois ferme et enveloppante, guide l’auditeur à travers un voyage cathartique d’un peu plus d’une heure. L’album brille par la finesse de sa production, mais aussi par la richesse de ses collaborations. On retient le magnétique « elsewhere » aux côtés de Meshell Ndegeocello et Georgia Anne Muldrow, véritable transe spirituelle, ainsi que le vibrant « to sister » illuminé par les cordes de Brandee Younger et le chant de Ganavya.
L’un des sommets de l’album reste sans conteste le dantesque « melting clocks », une pièce de plus de six minutes où monet croise le fer avec les rappeurs de Chicago Mick Jenkins et Vic Mensa, fusionnant poésie scandée et hip-hop conscient de haute volée. Entre réquisitions politiques urgentes (comme sur « for the Congo ») et introspections intimes, l’album ne faiblit jamais.
the color of rain exige une écoute immersive, presque religieuse. Porté par un groupe live en lévitation, cet album panse les plaies tout en réveillant les consciences. Lorsque le disque s’achève sur le magnifique « indigo » et les mots suspendus « I feel the colour of rain », on reste immobile, ému, transformé. Une œuvre thérapeutique majeure.

