Cinq ans après The House Is Burning, Isaiah Rashad est de retour avec IT’S BEEN AWFUL, une descente en 16 pistes au plus profond de sa propre psyché. Sorti via TDE et Warner Records, ce projet de 54 minutes se présente comme un journal intime brut. Il dépouille le hip-hop moderne de ses couches de vernis pour exposer sans fard les combats de l’artiste contre l’addiction, ses difficultés liées à l’intimité et son épuisement mental.
L’album se déploie comme un état de rêve mélancolique qui s’installe lentement. Le « bounce » sudiste caractéristique de Rashad s’efface ici au profit d’une fusion brumeuse de pop alternative et de bedroom pop. Le morceau d’introduction, THE NEW SUBLIME, installe immédiatement cet univers sombre et atmosphérique. Le phrasé de Rashad est connu pour être particulièrement décontracté, mais il porte ici un poids plus lourd, plus exténué. Sur AIN’T GIVIN’ UP, qui sample brillamment Khruangbin, il affronte ses séjours en cure de désintoxication avec une honnêteté désarmante.
Alors que ses précédents projets s’appuyaient largement sur la communauté vibrante des vocalistes de TDE, ce disque appartient strictement à Isaiah. Les invités sont triés sur le volet et profondément intégrés à l’œuvre. SZA insuffle une énergie faussement enjouée sur BOY IN RED, offrant un bref contraste sonore. De son côté, Dominic Fike apporte des chœurs mélodiques et éthérés sur CAMERAS, accentuant la texture flottante et détachée de l’album.
Cependant, la plus grande force du disque est aussi son principal défaut. À force de plonger si profondément dans une seule et unique ambiance, le rythme s’essouffle parfois. La production, signée KTC et Julian Sintonia, est cohérente, mais certains morceaux du milieu de l’album finissent par se confondre dans un brouillard sonore. Cette dérive structurelle est précisément ce qui a divisé les critiques, entraînant des avis mitigés comme la critique acerbe de Slant Magazine.
En fin de compte, IT’S BEEN AWFUL n’est pas taillé pour les playlists de radio ni pour une écoute occasionnelle. C’est une œuvre dense et profondément thérapeutique, faite pour être absorbée dans le noir. Elle prouve qu’Isaiah Rashad reste l’un des poètes les plus fascinants et vulnérables du rap, même lorsque son monde s’écroule.
7.0

