7.8/10
Avec presque vingt ans de carrière et des collaborations prestigieuses, l’indomptable Californienne Jesca Hoop franchit un cap décisif avec son septième album, Long Wave Home. Écrit sur les routes britanniques à bord d’un camping-car et finalisé à Manchester, ce projet marque un tournant majeur : pour la toute première fois, l’artiste enfile la casquette de productrice unique. Un choix audacieux qui s’avère être une totale réussite.
Né d’une période de turbulences personnelles et de ruptures relationnelles marquantes, cet album s’impose comme un véritable refuge thérapeutique. Fidèle à ses racines folk alternatives, Jesca Hoop y déploie une écriture à la fois intime et universelle. Sa voix, lumineuse et aérienne, survole des arrangements d’une richesse texturale impressionnante. Des titres comme Adam ou Now The Ash captivent immédiatement par leurs mariages subtils de cordes, de harpe et de cuivres feutrés, tandis que le groove country de Big Storm insuffle une formidable dose d’émancipation.
Mais le voyage n’est pas qu’une douce errance bucolique. Hoop y intègre une dimension politique aiguisée. Le morceau Playground, poignant et habité, résonne comme un cri de protestation face à l’injustice et au drame de la guerre, propulsé par des percussions nerveuses et des violons criants de douleur. L’album se referme en beauté sur le morceau-titre, Long Wave Home, une berceuse expérimentale enveloppante qui fait office de couverture de réconfort face au chaos du monde moderne.
Moins immédiat mais infiniment plus durable que la folk-pop standard, cet opus s’apprivoise, grandit en nous et s’écoute comme le journal de bord d’une artiste devenue son propre phare. Une œuvre précieuse et profondément habitée.

