Sorti le 27 mars 2026, le premier album studio de Jeune Morty bénéficie d’un accueil critique quasi unanime, porté par un enthousiasme médiatique qui semble parfois confondre confusion et innovation. Pourtant, derrière le vernis d’une « hybridité culturelle » entre Choisy-le-Roi et Abidjan, Jeune Morty Vol. 1 peine à masquer une réalité plus décevante : le projet n’apporte fondamentalement rien de nouveau au paysage du rap francophone.
Un flow déstructuré qui manque sa cible
L’argument principal des défenseurs de l’album repose sur le style « off-beat » et déstructuré de l’artiste. Si la prise de risque est louable sur le papier, l’exécution technique laisse ici à désirer. Là où des pionniers de la plugg ou du cloud rap utilisaient le décalage rythmique pour créer une tension hypnotique, Jeune Morty semble simplement subir ses propres instrumentales.
Ce flow, présenté comme une volonté artistique de briser les codes, finit par lasser sur la longueur des 20 titres. Au lieu de l’effet « glitchy » et futuriste recherché, l’auditeur se retrouve face à un manque de structure qui empêche toute mémorisation mélodique. Ce qui est vendu comme du génie « goofy » ressemble trop souvent à une approximation technique déguisée en concept.
Le recyclage sous couvert d’expérimentation
L’album tente de fusionner des sonorités ivoiriennes (le dioula, les rythmes coupé-décalé) avec une esthétique rap Internet saturée. Si le mélange est séduisant sur des morceaux comme « Ivoire Feeling », il tourne vite en rond. On a le sentiment d’écouter une redite de ce que la scène underground Soundcloud produisait déjà il y a trois ou quatre ans, la maîtrise en moins.
La production de Crystallmess et AHP, bien que propre, ne suffit pas à sauver un ensemble qui manque cruellement de direction artistique claire. En voulant être partout à la fois — entre l’afro-pop, la trap et l’expérimental — l’album finit par n’être nulle part.
Conclusion : Un projet surestimé ?
Malgré les notes flatteuses de Pitchfork ou l’engouement sur les réseaux sociaux, Jeune Morty Vol. 1 ressemble davantage à un exercice de style inabouti qu’à un classique instantané. À force de vouloir déconstruire la forme, Jeune Morty en oublie le fond : l’émotion et la pertinence musicale. Un album qui, malgré ses 55 minutes, laisse un arrière-goût de vide créatif.

