Le temps qui passe effraie souvent les créateurs, mais il inspire parfois des œuvres d’une rare lucidité. Avec son nouveau single Between Two Selves, le musicien néerlandais Teanko livre un soft rock organique né d’un bouleversement majeur : le passage à la retraite. Loin de sonner comme un adieu, ce morceau capture l’instant précis où l’agitation d’une vie professionnelle trépidante s’efface au profit d’un calme intérieur totalement nouveau et inattendu.
L’hiver dernier, en plongeant dans ses archives personnelles et de vieilles photographies oubliées, l’artiste a patiemment retracé sa propre chronologie musicale. Ce voyage mémoriel intime l’a confronté à des versions antérieures de lui-même, révélant ses doutes profonds, ses choix et ses ambitions passées. C’est précisément dans cet interstice, entre ce que l’on a été et ce que l’on devient, que la chanson puise sa force émotionnelle.
Teanko refuse pourtant le piège de la nostalgie stérile. Il ne cherche pas à effacer ses attentes d’hier, mais à s’en libérer proprement. Libéré du besoin continuel de chasser la moindre opportunité future, le compositeur trouve le confort d’avoir assez accompli. Ce renoncement bienfaiteur crée un espace mental précieux pour finaliser ses musiques et laisser libre cours à sa pure créativité. Le résultat est bluffant, les riffs de guitare saillant gardent toutefois une certaine mélancolie, tout en déployant une énergie chaleureuse tournée vers l’avant. Il faut aussi souligner les lignes de chant de l’artiste qui se posent avec aisance sur une instrumentation riche et imposante.
Le titre regarde donc résolument vers l’avant, guidé par une ligne directrice forte : « But this is where I’m exactly meant to be ». Teanko n’avance plus par contrainte ou devoir de performance, mais par simple désir artistique. Une œuvre hautement thérapeutique, qui prouve qu’en musique comme en vie, ralentir permet enfin de mieux se retrouver.

