Après le nocturne On a Night Walk, le trio de Portland revient bousculer nos certitudes avec In the Golden Age. Enregistré en totale autarcie dans leur studio, ce deuxième opus affine radicalement une formule brute et sans artifice. Une basse lourde, des claviers texturés et une batterie nerveuse s’imposent, excluant absolument toute guitare. Merwulf applique ici un minimalisme féroce, cherchant à dire un maximum de choses avec le moins d’éléments possible.
Conçu sur dix-huit mois, l’album est le reflet direct d’une époque instable. Il est profondément marqué par le deuil personnel et l’anxiété politique. C’est cette tension permanente, ce sentiment de marcher sur un sol mouvant, qui innerve chaque piste du disque. Pourtant, le groupe refuse de sombrer dans la monotonie. Les atmosphères oscillent constamment, nourries par l’urgence et la solidarité de la scène punk de leur communauté locale.
Le sommet de cette tension culmine sur « The Mountain Lion ». Ce morceau d’une noirceur viscérale explore le deuil et l’envie de disparaître. En parallèle, le poignant « Snowflake » interroge avec effroi notre capacité à mener une vie ordinaire face à la violence géopolitique du monde actuel. Pour équilibrer la noirceur de ces thèmes, « Tech Bros » vient poser un regard critique et direct sur les dérives de la société moderne.
Mais Merwulf sait aussi relâcher la pression par l’ironie. L’excellent « NT2BC » égratigne le syndrome de l’imposteur, quand « Francois » tourne en dérision la fascination américaine pour la culture française. En fin de parcours, l’altruiste « Strike Gold » apporte une lueur d’espoir bienvenue, soutenant une proche en reconstruction après une rupture. En mariant gravité et dérision, In the Golden Age s’impose comme une œuvre organique, urgente et profondément humaine.

