Il fallait l’audace de l’Américain Martin Walker, alias Art Schop, pour oser un tel télescopage. Avec son album Wittgenstein & the Transcendental, le multi-instrumentiste signe une œuvre sombre et intemporelle, transformant la trajectoire de l’icône de la philosophie en un opéra rock austère et captivant.
Ludwig Wittgenstein était un homme d’irrésolubles paradoxes. Ingénieur génial égaré dans le monde des idées, héritier d’une fortune colossale qu’il abandonna pour vivre dans le dénuement, il préféra l’inconfort des premières lignes de la Grande Guerre aux privilèges de son rang. C’est précisément cette tension dramatique que Walker capture avec une justesse organique, loin de l’exposé universitaire.
Le disque s’ouvre sur le tendu « Go Away », un titre au folk-rock rugueux qui illustre parfaitement le tempérament farouche et le besoin d’isolement du penseur autrichien. Plus loin, le magnifique et mélancolique « Oslo to Copenhagen » retrace ses errances géographiques et intérieures, évoquant ses fuites répétées loin du confort académique britannique vers la solitude scandinave.
Il y’a aussi « Full Stop », une exploration avec une intensité progressive saisissante. Sur ce morceau, les guitares et les arrangements mid-tempo soulignent le combat obsessionnel de Wittgenstein avec les limites du langage. Art Schop réussit son pari : faire battre le cœur électrique du rock sous la rigueur des concepts.

