Certaines obsessions consument, tandis que d’autres font danser. Avec son nouveau single « D’lulu », le rappeur de Baltimore YTK choisit de sublimer cette douce folie. Empruntant son titre à l’argot d’Internet (delulu, pour delusional), le morceau explore ces illusions romantiques où l’esprit vacille, à la frontière fine entre la passion dévorante et la perte totale de repères.
Pour habiller cette errance sentimentale, YTK s’est entouré du producteur Stoic, qui signe ici un écrin sonore d’une grande finesse. Rythmé à un tempo langoureux, le titre frappe immédiatement par sa chaleur organique. On y décèle sans effort l’influence majeure de D’Angelo : cette science du groove feutré, ces harmonies vocales presque sacrées et cette basse charnelle qui colle à la peau. Mais là où la néo-soul traditionnelle cherche le réconfort, YTK y injecte une tension moderne, une urgence propre au hip-hop alternatif.
Sa performance vocale est un modèle d’équilibre. Sa voix, oscillant entre un flow murmuré et des envolées teintées de soul, retranscrit à la perfection les montagnes russes émotionnelles de celui qui aime trop, ou mal. C’est le récit d’une capitulation face aux sentiments, une chronique intime sur la démence que l’amour peut inspirer lorsque l’autre devient notre unique réalité.
En trois minutes suspendues, YTK prouve qu’il n’est pas qu’un brillant lyriciste : c’est un architecte de l’intime. « D’lulu » s’écoute les yeux fermés, comme on s’abandonne à un rêve un peu trop beau pour être vrai.

