Entre éclairs de génie et titres de remplissage, Chris Brown reste dans sa zone de confort avec BROWN

Le douzième album studio de Chris Brown, BROWN, se présente comme une œuvre massive de 27 titres, hautement cohérente mais entièrement prévisible. Les auditeurs à la recherche d’une réinvention artistique n’y trouveront pas leur compte ; le chanteur reste fermement sur ses acquis, livrant exactement le mélange de R&B contemporain et de trap-soul nocturne que son public réclame. Bien que le projet soit remarquablement homogène, sa longueur excessive expose un défaut familier : un besoin désespéré d’un contrôle qualité plus rigoureux.

Le disque démarre sur une série de chansons explicitement taillées pour sa base de fans inconditionnels. Ces premiers morceaux appliquent la formule standard de « Breezy » : des prods léchées, des thèmes explicites et des refrains calibrés pour les clubs. Cependant, cette entame de projet crée rapidement une sensation de saturation vocale, Brown chantant sur le même ton aigu et répétitif, sans grande variation.

La monotonie est brisée lorsque l’on arrive à Fallin’ (en featuring avec Leon Thomas). Ce morceau se démarque comme un moment d’une incroyable maturité sur tous les fronts — tant sur le plan des paroles que de la structure et du son. Il témoigne d’une profondeur artistique raffinée, offrant une feuille de route captivante que Brown devrait explorer activement dans ses futurs projets. Dans une trajectoire similaire, Hate Me s’impose comme une masterclass de R&B moderne. C’est un titre sophistiqué et de grande qualité, totalement dépourvu de gimmicks enfantins. Les lignes vocales sont impeccablement arrangées, et les harmonies complexes en arrière-plan élèvent la production à un autre niveau.

Un autre point fort indéniable est Slow Jamz, qui offre une bouffée d’air frais bien venue au milieu d’une tracklist dense. Ici, Brown fait quelque chose de rare sur le reste de l’album : il descend dans les graves pour jouer avec un timbre vocal plus profond et plus riche. Ce changement subtil apporte un contraste essentiel à la répétition des tons aigus des morceaux précédents. D’autres efforts notables incluent Holy Blindfold et It Depends (avec la participation de Bryson Tiller), qui apportent une touche soignée à l’esthétique nocturne de l’album, ainsi que Obvious, qui maintient un rythme fluide.

Malheureusement, BROWN est lourdement pénalisé par des morceaux de remplissage (filler). Un processus de sélection plus rigoureux aurait transformé cette playlist boursouflée en un véritable chef-d’œuvre. Plusieurs titres sont complètement neutres — ils n’apportent ni n’enlèvent rien à l’identité du projet. Ils existent simplement en tant que « morceaux d’album » pour gonfler les chiffres de streaming. Pire encore, certaines chansons sont totalement sans intérêt, Call Your Name étant le parfait exemple du titre oubliable qui aurait dû finir à la corbeille.

En fin de compte, Chris Brown a livré un projet d’une qualité sonore indéniable, mais qui manque cruellement de véritables surprises. C’est un ajout solide à son catalogue qui satisfera pleinement ses fans, tout en laissant les auditeurs occasionnels regretter l’absence d’une tracklist plus courte et plus percutante.

Notre note : 7.7 / 10

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