7.5/10
En mai 2026, à la surprise générale et en marge d’une collaboration avec la marque Supreme, le duo du Michigan SALEM a brisé son habituel silence radio pour larguer une bombe numérique : Red Dragon. Un pavé colossal de 31 titres qui agit autant comme une anthologie fantôme que comme un véritable troisième album studio.
Pour les pionniers de la witch house, genre qu’ils ont presque inventé à la fin des années 2000, ce disque est un geste radical. Loin de chercher la modernité à tout prix, Jack Donoghue et John Holland ont choisi de regarder dans le rétroviseur en exhumant des morceaux enregistrés entre 2007 et 2015. On y retrouve des pépites mythiques mais jamais officialisées, des titres cultes comme Tent, Lucy Fur ou Withoutu, enfin nettoyés et rassemblés dans un écrin officiel.
L’écoute de Red Dragon est une expérience de pure suffocation nostalgique. Le son « SALEM » y est gravé dans le marbre : ces rythmiques trap ralenties à l’extrême (le fameux héritage chopped and screwed du Sud américain), ces synthétiseurs gothiques et saturés qui évoquent des églises en ruines, et ces voix spectrales, alternant entre râles d’outre-tombe et mélodies shoegaze éthérées. Les textures sont crasseuses, lo-fi, presque hostiles, mais d’une beauté désarmante pour qui accepte de s’y perdre.
Ce projet s’écoute comme la visite d’une maison hantée ou d’une friche industrielle du Midwest américain. Bien que composé d’archives, l’enchaînement des 31 pistes forme un bloc d’une cohérence fascinante. En redonnant vie à ces « petits oiseaux en cage » — comme ils aiment appeler leurs morceaux — SALEM prouve que leur spleen poisseux et nocturne n’a pas pris une ride. Red Dragon n’est pas seulement un cadeau inestimable pour les fans de la première heure ; c’est un testament sonore monumental qui rappelle à quel point le groupe reste le maître incontesté des ténèbres électroniques. Un voyage lourd, toxique et profondément hypnotique.

